Chapitre 3

     Cette nuit-là, le ciel était dégagé, parsemé uniquement de quelques petits nuages de haute altitude. C’était le premier quart de Lune, et l’astre brillait divinement depuis son orbite.

La ville était bruyante à cette heure nocturne, les pubs avaient fermé et les night-clubs étaient sur le point d’en faire autant, livrant à la rue des centaines de femmes et d'hommes enivrés, marchant de travers par groupes de deux à six, hurlant à la Lune pour qu’elle les guide jusque chez eux.

Les vendeurs de sandwichs et soda les voyaient venir avec un sourire aux coins des lèvres. Ils allaient se faire de nombreux ‘amis’, le temps de quelques minutes, lesquels les oublieraient dans leur sommeil ou même avant.

Dans l’air résonnaient de nombreux mots d’amour murmurés si fort qu’un simple mortel arrivant fraîchement les entendrait depuis l’autre trottoir sans le moindre effort. Tous ces êtres allaient rentrer, les uns en marchant, d’autres en taxi, quelques-uns portés par leurs amis. D’autres encore iraient s’effondrer sur un banc, dans un parc ou une rue voisine et ne se réveilleraient que le lendemain matin, tout juste assez conscient pour terminer le chemin jusqu'à leur domicile.

Cette nuit-là, bon nombre essayeraient d’avoir des rapports sexuels, certains avec succès, la plupart s’endormiraient dés le premier contact avec un lit, quelques-uns au beau milieu de leur activité, les derniers trop saouls jetteraient l’éponge, ne parvenant pas à la jouissance.

 

Le lendemain, tous se réveilleraient tard dans la matinée, avec le sourire ou ronchonnant abondement. La consommation d’aspirine ferait soudainement un bond, les trous de mémoire deviendront une maladie très répandue et au prix de gros efforts, la vie reprendra son cours normal, à commencer par le match de football sur la deuxième chaîne ou la compétition d’aviron des grandes universités.

 Toutes ces personnes vivaient ces moments comme la semaine précédentes et comme ils seront la semaine suivante. Tout semblait comme à l’accoutumé.

La seule chose qu’ils ignoraient, aucun n’auraient pu la deviner, était que quelque chose les regardait, les écoutait, sentait leurs émotions. Une chose tapie dans l’ombre, silencieuse, immobile, que seul un œil averti et très attentif aurait pu espérer entrevoir. Elle respirait, très lentement, son cœur battait, calme et sourd. Les yeux n’étaient que deux fentes reflétant la lueur de la Lune, dont la vue était encore plus perçante que celle d’un aigle. Les oreilles, à moitié cachées dans le col du blouson noir, scrutaient une a une les conversations, se focalisant sur les accents, les intonations, les timbres de voix. Un sixième sens percevait les sentiments de chacun, l’amour, la douleur, la crainte, la fierté, l’animosité qui les habitait. Le cerveau caché derrière triaient toutes ces informations, donnant une identité a toutes ces personnes, dans les rues en dessous.

Cette créature accroupie sur un toit ne vivait que la nuit, bien loin du soleil qui la brûlerait vive si elle s’aventurait par mégarde devant lui. Elle avait faim, ou soif plus exactement ; les odeurs de sang se faisaient de plus en plus présentes autour d’elle. 

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