Mais sentir tant les sueurs lui arracha une grimace, découvrant brièvement des dents blanches éclatantes où un détail figerait sur place toute personne le voyant. Quatre des dents étaient plus longues que la moyenne, beaucoup plus aiguisées : les canines pouvaient aisément déchirer une étoffe, un cuir épais et donc plus que tout, la chair tendre…

Le vampire guettait, cherchant sa proie du soir, et il venait de l’apercevoir, enfin !

 La soirée avait été merveilleuse, après une journée déjà fort heureuse. Roy Llangolen voyait sa vie comme un conte de fée revu et corrigé pour un homme. Il avait un travail qui lui plaisait à Chester, une ville voisine où il occupait un bureau de designer en aéronautique dans une grande compagnie. Il avait un salaire confortable lui évitant de cumuler des dettes comme la plupart de ses compatriotes. Il possédait une maison spacieuse à quelques minutes du centre-ville de Wrexham, une grande ville du Pays de Galles peu touristique, mais qui voyait depuis quelques années de nombreux étudiants étrangers depuis l’implantation d’une université. Celle-ci s’était accompagnée d’un renfort de la police qui sécurisa la ville davantage. Mais pas suffisamment rétrospectivement…

Réveillé d’un bond dans la matinée par le téléphone, il avait déjeuné sur le pouce pour courir rejoindre Ryanon, la jeune femme qui faisait chavirer son cœur depuis si longtemps. Encore une semaine et ils échangeraient leur consentements, les unissant devant Dieu et les hommes pour le reste de leur vie. 

Tout était prêt, des amis qui venaient, au menu du dîner en passant par les incontournables titres de musique qu’ils passeraient dans la nuit. Ils tournoieraient avec les Blues Brothers, s’embrasseraient en écoutant Freddy Mercury, danseraient aux rythmes d’Abba, chanteraient du plus fort de leurs voix sur Grease.

Tout s’augurait du meilleur jour. Ils passèrent la journée de boutique en boutique, commentant les articles, une robe affreuse, une femme sortant du coiffeur avec une coupe ridicule, un gâteau aux couleurs suspectes, tout étaient sujet à critique qui les faisaient rire aux éclats. Le soir, ils dînèrent dans un restaurant discret, échangeant regards complices, sourires en coin, partageant ces grands silences que seuls des amoureux peuvent comprendre.

Après quelques heures chez des amis, ils rentraient chez eux. Ils remontaient Hill street dont les pubs étaient fermés, tournant a droite, ils se glissèrent entre les Gallois, Français, Anglais, Espagnols, qui sortaient ivres et à moitié sourds des clubs, les files d’attentes devant les fast-foods juste en face.

Un grand blond, la queue de cheval à moitié défaite leur dit bonsoir avec un accent Allemand. Son t-shirt blanc sortait de son pantalon, une large chemise bleue marine ouverte et froissée par-dessus. Il leur demanda s’ils allaient bien d’une voix peu assurée.  

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